Observation de la faune

Papillon

Crédit photo : P. Boré

La faune, dite « sauvage », l’est véritablement en Guyane. Les distances de fuite sont considérables. La diversité des prédateurs en est sans doute la raison : félins, serpents, caïmans, rapaces et, à commencer par l’homme, le plus destructeur.

La cause principale de la rareté et de la méfiance des animaux découlent principalement de la chasse et du laxisme des textes qui la réglementent (chasse autorisée toute l’année, de jour comme de nuit, pas de quotas, pas de permis donc de pas formation). Enfin et surtout, seule une demi-douzaines d’agents de terrain de l’ONCFS doivent surveiller un territoire immense, de près de 9 millions d’hectares.

Au Suriname comme au Brésil, pays où les difficultés économiques sont pourtant bien plus critiques, la chasse est très réglementée dans les zones dédiées à l’éco-tourisme. La Guyane, qui détient la seule forêt tropicale humide de la riche Europe, aurait, plus que ses voisins, les moyens d’être exemplaire en matière de protection de la faune sauvage.

La forêt tropicale guyanaise est régie par un principe de base à savoir une grande diversité mais une faible densité. N’attendez donc pas à revoir les images des reportages animaliers des régions africaines. Ici, chaque mammifère se réserve un territoire de ? considérable pour assurer sa survie.

Un autre obstacle à l’observation naturaliste réside dans le fait que la faune est cryptique, c’est à dire, qu’elle utilise le camouflage comme défense. En cas de danger, l’animal restera immobile dans l’espoir que le prédateur potentiel passera son chemin sans l’apercevoir.

Mygale camouflée

Crédit photo : P. Boré

Enfin, la forêt tropicale est un milieu sombre, fermé et relativement dense. La vue est d’un piètre secours. Par contre, l’ouïe et l’odorat se doivent d’être en éveil permanent.

Quelques conseils, non pas pour voir la faune mais pour mieux la comprendre, la ressentir ou tout simplement l’imaginer.

  • Ne vous alarmez pas pour les bruits secs. Ils ont souvent pour origine la chute d’un fruit ou d’une branche. Soyez plutôt attentif aux bruissements de feuilles ou grognements qui signalent la présence d’un animal frugivore ou granivore (tatou, coati, pécari).
  • La lenteur est de rigueur. Marcher 20 minutes, puis se poster au pied d’un arbre pendant 15 minutes en lisant quelques pages d’un bon roman. Dans ces conditions, difficile de tenir les temps de parcours des sentiers mais cela vous permettra de surprendre un tatou ou des singes.
  • Repérer les arbres dont les fruits jonchent le sol, en particulier si certains d’entre eux sont déjà rongés (mombin, carapa, courbaril, jaune d’œuf…). Dans ce cas, se fabriquer un affût en hauteur ou tendre un hamac léger et patienter. Gardez à l’esprit qu’un agouti qui ronge un fruit est susceptible d’attirer son prédateur : un félin !
Affut agouti

Crédit photo : P. Boré

  • Durant les affûts, abstenez-vous d’utiliser de produits anti-moustique, pas de cigarette, de nuit comme de jour.
  • Les jours de pluie ne sont guère favorables. Par contre, les accalmies sont d’autant plus fructueuses qu’elles succèdent à une averse prolongée.
  • L’aube et le crépuscule sont les meilleures périodes pour l’observation.
  • Les oiseaux sont les plus abordables. Procurez-vous un guide d’identification ou participez aux sorties-nature proposées par les associations.
  • La paire de jumelles est indispensable. Privilégiez :
    • 1 – les faibles grossissements (7x ou 8x) qui permettent une localisation rapide du sujet à observer.
    • 2 – les grandes ouvertures de sortie (Diamètre 42 à 50) qui garantissent une bonne luminosité en sous-bois ou tard le soir.Ces caractéristiques sont décrites sous la forme suivante : 8 x 50 (pour un grossissement de 8 et un diamètre de sortie de 50).
Buse

Crédit photo : P. Boré

  • Lorsque vous rencontrez un serpent ou une mygale pour la première fois, prenez le temps de bien observer et mémoriser la scène. Les fois suivantes, votre cerveau saura décrypter plus rapidement leur présence.
  • C’est la nuit que la faune est la plus active. Muni de votre lampe frontale, partez à leur rencontre. Les yeux de certains animaux réfléchissent la lumière. Dès qu’un point lumineux apparaît, il faut tenter d’évaluer la distance entre les yeux et les nuances de couleurs. Si vous gardez votre faisceau bien fixe et avancez avec précaution, vous finirez par identifier l’animal. Moment magique !Attention, une torche à la main ne vous permettra pas de déclencher le phénomène de réverbération. Dans ce cas, tenir cette torche plaquée contre sa tempe.
  • La couleur réfléchie par les yeux varie en fonction des espèces. Rouge pour le caïman, le cabiai, le pac et le tapir ; jaune-orangé pour le pian et le pakira ; jaune pour la biche et le cariacou ; bleu-vert pour les félins.
  • Les «yeux sans corps», blancs, trahissent la présence d’un insecte ou d’une araignée.
  • Les yeux des serpents ne réfléchissent pas la lumière sauf certains boidés.
  • Lorsque l’on se déplace dans un milieu naturel ouvert, à pied ou en canot, on regarde devant soi de la manière suivante : balayer du regard, du lointain vers le proche suivi d’un balayage bas et d’un balayage haut sans se focaliser sur un point précis. Cela permet au cerveau de détecter un mouvement, un changement de teinte.
Caïman

Crédit photo : P. Boré

  • Tout au long des sentiers proposés, ne négligez pas les traces et indices que la forêt vous livrera. Un fruit, une graine en partie dévorée, vous signaleront la présence d’un agouti, d’un pac ou du coati. Apprenez aussi à distinguer les empreintes : celles du jaguar sont toujours impressionnantes ou bien une termitière éventrée sera l’œuvre du tamanoir ou bien encore un terrier, large et profond, le refuge du tatou.
  • Pour mémoriser les chants et cris des animaux guyanais, procurez vous les CD de bruits et sons de la forêt avec livret d’identification. Il est bien plus facile de localiser un toucan lorsque l’on reconnaît son chant. Tous ces indices vous rapprochent de la forêt et de ses habitants. Ils vous aident à mieux la vivre. Ainsi, le long sifflement mélodieux du tinamou (perdrix) et certains croassement de grenouilles, vous mettront en garde contre l’imminente tombée du jour. (voir CD des chants d’oiseaux du GEPOG ou CD du Neotropical Rainforest mammals).
  • Même à la plage, pensez à emmener vos jumelles. En saison sèche, les eaux sont plus claires et attirent parfois des mammifères marins (dauphins, lamantins…).
  • La nature est aussi sur le pas de la porte ! Aménagez dans votre jardin une mangeoire à l’aide d’une grille de ventilateur, suspendue par triangulation. Déposez-y régulièrement vos fruits abimés et rapidement toutes l’avifaune du jardin viendra défiler à portée de jumelles.
  • Transmettez toutes observations naturalistes qui vous semblent inhabituelles aux associations environnementales.

Les textes issus de cette rubrique sont extraits de l’edition 2010/2012 du Guide Guyane : Tourisme, culture, nature et randonnées.

Guide Guyane de Philippe Boré