Entretien avec Pierre-Olivier JAY (Une Saison en Guyane)

Pierre-Olivier JAY est le rédacteur en chef du magazine Une Saison en Guyane. Il nous dévoile l’origine du projet et les secrets de conception d’un numéro. Vous en saurez également plus sur le site Internet qui accompagne le magazine et sur l’évolution du semestriel au delà des frontières régionales…

Escapade Carbet – Une saison en Guyane est un semestriel qui parait depuis 2008 et qui est vendu en Guyane et en Métropole. Il est aujourd’hui le seul magazine diffusé régulièrement qui parle de notre région. Comment est né ce projet ? On peut en savoir en peu plus sur l’équipe ?

Pierre-Olivier JAY – Une saison en Guyane a été imaginé en 2007, mais dans une version assez différente de ce que la revue est devenue aujourd’hui. J’étais d’abord parti sur un projet format livre de photos vues du ciel, et puis j’ai fait évolué le concept car économiquement c’est plus réaliste d’insérer quelques publicités pour financer l’impression. Ensuite, j’ai réalisé qu’il y avait plein de sujets passionnants à explorer, qui ne rentrait pas dans le cadre d’un livre, mais plutôt à la périodicité d’un magazine !

C’est assez compliqué de vous parler de l’équipe de « Une saison en Guyane », elle est multiple dans ces formes et ses fonctionnements.. Il y a bien sûr un cœur de personnes qui sont présents quasiment à chaque numéro, qui forme l’architecture des rubriques du mag, des illustrations, des photos, le plus souvent rémunérés pour leur travail… Mais il y a aussi quantité d’intervenants ponctuels, qui écrivent ou contribuent sur un numéro, en fonction de leur compétences spécifiques sur un sujet, ou par exemple de photos qu’ils ont pu réaliser parfois dans le cadre de leur travail. Ca fait du monde à remercier à chaque fois, on s’y perd un peu ! C’est aussi ça qui caractérise le magazine, il y assez peu de journalistes traditionnels finalement, une majorité de passionnés en tout cas !

– Ce magazine haut de gamme se démarque par le choix des sujets abordés et la qualité de la mise en page. Comment se fait la construction d’un numéro (le choix des sujets, photos, maquettage) ?

Je suis toujours un peu méfiant avec le concept du « haut de gamme ». Tout le monde devrait pouvoir apprécier de lire et de feuilleter un ouvrage de qualité, et c’est le cas. Le plaisir de feuilleter USG est assez universelle (J’ai pu le tester un peu partout !). A 6,50 € tous les 6 mois, c’est du « haut de gamme » accessible pour toutes les bourses, mais il est aussi très important que les gens comprennent que les produits gratuits ne leur apporteront pas grand chose, sinon de la pub..

Pour les choix éditoriaux, là aussi, difficile de faire un descriptif du fonctionnement de USG : il n’y a pas encore de protocoles très précis ! Le choix des sujets peut se faire parce qu’il existe des photos fabuleuses qui donnent envie de le traiter, un évènement ou des éléments nouveaux qui apparaissent, ou parce qu’un dossier est prévu sur une thématique, on encore parce que nous sentons que c’est le moment. C’est assez opportuniste en fait.… Cela fonctionne comme ça aussi pour des raisons financières, nous n’avons pas les moyens de rémunérer des journalistes ou photographes sur des sujets que nous aurions envie de faire, c’est-à-dire en partant de rien.

Le maquettage, c’est moi qui le fait depuis le  premier numéro, c’est un exercice que j’apprécie, vraiment chouette, de choix des photos ou de retouche d’image, même si je le fais parfois dans la panique du bouclage.

Une Saison en Guyane #08

– Les thèmes abordés ne se limitent pas aux frontières guyanaises. Vous traitez régulièrement des sujets sur les Caraïbes ou l’Amérique du Sud. Quelles sont les ambitions de développement du magazine ?

Jusqu’à aujourd’hui, le plateau des Guyanes avait été la limite géographique de notre lignée éditoriale. Cela reste le cœur des sujets du magazine. Mais le mélange humain des Guyanes va bien au-delà de cette « frontière », et je pense qu’il faut s’ouvrir à la géographie des populations et des cultures de cette région. C’est pour cette raison que nous proposons un dossier sur Haïti dans notre numéro 8 (en kiosque en métropole depuis le 2 février), c’est une culture caraïbe très riche, et que nous côtoyons tous les jours en Guyane !

J’ai bien envie de suivre ce fil du migrant en Guyane, qui conduit aux quatre coins de la planète. C’est une richesse et pas un handicap, d’avoir autant de personnes d’origines différentes installées sur un même territoire, et ça depuis 300 ans..

Bref, la ligne éditoriale du magazine doit avoir aussi la tête tournée hors de la Guyane, mais si possible pas vers la France, c’est important !

– Un site internet accompagne le magazine. Quels types de contenus proposez-vous en ligne ?

L’idée du site web est de faire le lien avec le lectorat entre chaque magazine qui, rappelons le, est un semestriel. Difficile de rester en contact avec les lecteurs avec ce genre de périodicité ! Nous avons donc mis en ligne tous les articles publiés sur le magazine, avec toutes les photos, souvent même avec des photos supplémentaires. La majorité des articles sont libres d’accès, mais certains sont réservés aux abonnés, il faut bien vivre ! Les abonnés web ont aussi la possibilité de télécharger les articles au format PDF. Il y a aussi une boutique en ligne, qui permet d’acheter des anciens numéros ou de s’abonner. Nous voulons toucher un nouveau public, mais il y a encore du chemin à parcourir pour se faire connaître largement.

Maintenant, l’idée est aussi de développer des articles exclusivement pour le web, surtout de l’actu « chaude », qui nécessite de réagir vite, ce qui n’est pas possible en sortant tout les 6 mois ! Et l’étape suivant est aussi le lancement de la version anglaise du site www.guianas-geographic.com, pour l’instant nous travaillons dessus. Enfin, ce sera la version en portugais, qui est prévu juste après, à l’attention des lecteurs brésiliens. C’est un travail assez titanesque avec le recul, réalisé sur fonds européens, mais on en verra le bout bientôt !

Aujourd’hui, nous lançons un atelier photo de Digigraphies, c’est une nouvelle technique d’impression de haute qualité, qui permet de valoriser le travail de l’artiste-photographe. Il s’agit de tirages grands formats, en série limité, réalisés en Guyane par des photographes professionnels, garanti par le label d’Epson Digigraphie. Dans cette perspective, nous avons démarré un concours photo en ce moment sur le thème « une saison des pluies en Guyane », et nous faisons gagner des digigraphies aux lauréats.

– Vous proposez aussi des éditions CD du magazine, avec des compilations de musique. Après la mise en avant de groupes guyanais dans le registre du jazz, reggae et rock, qu’est ce que vous nous réservez comme découvertes musicales à l’avenir ?

Le CD du n°8 est une compilation hip-hop de Guyane, avec des artistes d’origines très diverses. Le résultat est plutôt détonant, 21 titres bien revendicatifs, qui donnent une vision de la société par la jeunesse en 2011, et qui devraient faire réfléchir les décideurs du territoire…
Pour la suite, c’est encore en réflexion, et nous garderons la surprise..

– Pouvez-vous donner aux lecteurs d’escapade-carbet.com des détails sur le prochain numéro ?

C’est un numéro très spectaculaire au niveau photographique selon moi, car nous avons une sélection de sujets très impressionnants visuellement.. Je citerai pêle-mêle, le jaguar, le vaudou avec le gédé en Haïti, la station spatiale internationale ISS avec l’ATV, les fourmis dans le dossier insectes, les araignées cténides, et plein d’autres choses ! Le mieux est bien sûr de l’acheter en France métropolitaine, mais si vous n’êtes pas abonné et que vous habitez en Guyane, il va falloir attendre le bateau et la mise en vente fin février, ou patienter en feuilletant quelques pages virtuellement !

Pour infos

Site web : www.une-saison-en-guyane.com
Facebook : http://www.facebook.com/UneSaisonEnGuyane
Twitter : https://twitter.com/Atelier_Aymara
Google+: https://plus.google.com/113452056115855786736

En savoir plus sur Pierre-Olivier JAY

Pierre-Olivier est né à Roanne dans la Loire en 1977. Après un DEA en système d’information à l’INSA LYON en 2002, il travaille en tant que  contractuel à l’ONF Guyane de 2004 à 2007. Puis il fonde le magazine Une saison en Guyane en 2008.

Ce que vous en pensez

  1. Clovis Nicole

    j ‘ aimerai connaître davantage cette revue et la faire connaître à mon entourage

  2. Famaro

    Je confirme ce que j’ai dit ailleurs. C’est une excellente revue, tant pour la grande qualité des images que pour la valeur, d’ailleurs inégale, des textes. J’ai beaucoup aimé ce qui a été écrit sur « Petit saut »: la centrale électrique.
    J’apprécie surtout la qualité des photos faites en gros plan sur les pleurs et les oiseaux. Les images se suffisent à elles-mêmes.

    J’encourage mes amis ou parents à lire cette revue que j’achète souvent en trois exemplaires.

    Bravo !

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