Carnet de voyage : un week-end au village de Ouanary

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Petit paradis perché sur le flanc d’une colline, le petit village de Ouanary surprend par son charme et son isolement.

L’équipe Escapade Carbet s’est rendu dans le village de Ouanary, encore trop peu connu, pour vous faire découvrir sa beauté et ce qui fait son originalité, les activités aux alentours et cette atmosphère hors du temps qui s’en dégage.

Le village se situe à la frontière brésilienne près de l’embouchure de l’Oyapock sur la crique Ouanary, à environ 39 km de Saint-George, soit 2 heures de pirogue. Cette commune du littoral guyanais, d’une superficie de 1080 km², est occupée par une soixantaine d’habitants. Le village se compose d’une mairie, d’une école, d’une église, d’un restaurant, d’un gîte rural, d’un terrain de foot et de volley ainsi que de plusieurs abattis dispersés dans la commune.

Direction Ouanary1


Le transport
jusqu’à Ouanary n’est pas des plus simple. Munis de nos touques, hamacs et moustiquaires, nous voilà au port de Saint-George de l’Oyapock. Nous négocions avec les piroguiers, non sans mal, le trajet jusqu’à Ouanary. Après moult refus, Romaric le piroguier de la commune, nous aborde et nous propose de nous emmener avec quelques habitants jusqu’au village. Ce que nous acceptons.

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La pirogue avait un petit moteur, nous avons donc mis deux bonnes heures pour arriver au village. Mais le trajet est loin d’être désagréable. On peut observer sur les berges, les villages amérindiens comme Tampack ou Trois palétuviers, des habitations isolées en bois du côté brésilien mais aussi de nombreux oiseaux et souvent des Ibis rouge en saison.

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Sur la pirogue, le temps à vite tourné, et nous nous sommes pris la rincée… mais avec le sourire. Kway à ne pas oublier au risque de devoir se couvrir d’un sac poubelle.

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Le petit chenal menant au village

 

 

Après avoir quitté l’Oyapock, nous empruntons la rivière de Ouanary pendant 10 minutes pour découvrir enfin le ponton du village. La marée étant encore assez haute, nous avons pu prendre le petit chenal qui emmène à l’entrée du village. Une entrée tout à fait insolite à la hauteur de ce que nous allions découvrir ensuite.

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L’entrée de Ouanary

Visite du village

Nous débarquons et découvrons avec étonnement le village de Ouanary. Si nous devions choisir un mot pour le décrire, ce serait celui-ci : improbable.

Sachant que la commune la plus proche est à 39km et que le village n’est accessible qu’en pirogue, nous sommes surpris de découvrir un village non seulement bien entretenu mais également plein de charme.

5Nous posons rapidement nos affaires pour en faire le tour. Le village n’est pas grand, 30 minutes suffisent pour le visiter. Nous découvrons les cases créoles et les ruelles montantes qui nous emmène en haut du village où se trouve un terrain de foot et de volley. D’ici nous pouvons observer l’entrée du village et au loin la frontière brésilienne. A une trentaine de minutes de marche, tout en haut de la colline à plus de 300m d’altitude, se trouve le relais télévision qui nous offre un spectacle magnifique : la vue sur l’embouchure de l’Oayapock et de la forêt. De là aux alentours de 17h vous pourrez aussi admirer une envolée de aras

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La vue du ponton

Plein de curiosité, nous sympathisons avec quelques villageois et nous découvrons qu’il y a une quinzaine d’enfant à l’école du village et effectivement nous en croisons plusieurs. On nous apprend aussi qu’il y a beaucoup de choses à voir aux alentours dont la montagne d’Argent où se trouve les vestiges du bagne. Mais la mer étant mauvaise, surtout en saison des pluies, personne ne voulait nous y emmener. À la place, Romaric, nous propose de nous montrer les cascades et les grottes de Ouanary le lendemain.

DSC_2336Nous décidons d’aller voir le coucher du soleil sur le ponton du village et terminons notre soirée dans l’unique restaurant du village, le restaurant de JR qui fait aussi office de gîte. Nous dégustons notre dîner, élaboré à partir de produits locaux uniquement et pour un prix très abordable. Après ce délice, nous rejoignons le gîte communal pour une nuit en hamac.

En route pour les cascades et les grottes

7À l’aube, Romaric vient nous chercher en quad accompagné d’un ami et d’un cousin. Nous montons tous à six dessus et empruntons la piste jusqu’à l’entrée du sentier non balisé. Machette dans une main et fusil dans l’autre, nous suivons Romaric dans la forêt pendant environ une heure. Après une attaque de moustiques assez violente, nous apercevons en chemin des Saïmiris, on nous montre un arbre bois de rose ainsi que d’autres plantes médicinales et utiles à la survie en forêt.

Nous atteignons la cascade. L’eau fraîche appelle à la baignade et nous sautons sans hésiter dans la crique. Nous profitons ensuite de la hauteur de la cascade pour s’y mettre dessous et bénéficier d’un massage du dos bien mérité.

8Capture d’écran 2017-03-07 à 10.30.28Après quelques blagues et ti-punchs, nous repartons direction les impressionnantes grottes de Ouanary. On nous raconte qu’un jaguar vient s’y abriter la nuit et effectivement les connaisseurs nous montrent des excréments frais… Un rapide frisson nous parcourt l’échine, heureusement nous avions prit une lampe et progressons dans la grotte avec prudence. Nous observons, non sans surprise, des chauve-souris mais plus inattendu, nous croisons le chemin d’une magnifique grenouille venimeuse bleu et jaune, une dendrobate tinctorius, espèce protégée en Guyane. Nous continuons la visite de la grotte et Romaric nous explique qu’en saison de reproduction, cette grotte abrite aussi des coqs de roche.

9Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons dans un carbet familiale où l’on prépare du couac et on nous explique le processus de fabrication. Nous croisons également le professeur du village qui nous invite aussitôt à prendre une bière. Nous discutons  et il nous prête gentiment plusieurs documents sur Ouanary. Ci-dessous, nous vous avons écrit l’histoire de la commune, tirée de ces documents.

De retour au gîte communal, nous faisons une bonne sieste avant de reprendre l’apéro. Mais nous voilà couchés de bonheur, car demain le réveil est à 6h du matin.

10Retour en ville

La ville est encore plus mystérieuse à l’aube et nous repartons avec de bon souvenirs, des villageois chaleureux et ravis d’accueillir des touristes, des paysages spectaculaires, une faune surprenante… Nous avons le sentiment d’avoir été privilégiés, d’avoir pu découvrir cet endroit peu visité et difficile d’accès.

 

11Escapade Carbet recommande à toute personne en soif d’aventure et de découverte de nouveaux lieux, d’aller faire un tour dans le petit village de Ouanary. Le trajet est long, certes, mais le jeu en vaut la chandelle pour les aventuriers à la recherche d’authenticité.

 

Pour en savoir plus

Un peu d’histoire …

L’histoire de la commune est d’abord liée à la présence des Amérindiens. De nombreuses traces de leur présence ont été retrouvées dans les grottes de ka montagne des Trois Pitons à environ 15 kilomètres à l’Ouest du bourg. Après des tentatives infructueuses de colonisation par les Anglais, ce sont les Français qui réussirent à s’implanter dans la région.

A partir de 1726, les jésuites s’installèrent dans quatre missions dont le Fort Saint-Louis de l’Oyapock. Leur but était l’évangélisation des Amérendiens. Les batailles locales firent fuir ceux des Amérindiens qui avaient été regroupés près du Fort pour débuter une agriculture vivrière. Ils furent remplacés par des esclaves venus d’Afrique qui virent leur nombre croître régulièrement jusqu’au début du XIX siècle. Les techniques culturales étaient frustres, basées sur la pratique de l’abattis, itinérantes et uniquement sur les terres hautes.

A la fin du XVIIIème, l’intendant Malouet, s’inspirant des idées prélevées au Surinam voisin, fit venir l’ingénieur suisse Guisan, qui développa sur les terres basses de l’Approuague et dans la baie de l’Oyapock le concept des polders afin de mettre en cultures les marécages jugés plus fertiles que les arides terres hautes.

A Ouanary deux grandes plantations virent ainsi le jour, l’une au pied de la montagne Lucas face au bourg actuel de Ouanary, l’autre au pied de la montagne d’Argent, au Nord. Les travaux de drainage et l’extension des surfaces cultivées nécessitèrent l’apport de main-d’oeuvre servile : jusqu’à 300 esclaves cultivaient la canne à sucre sur la plantation de la Montagne Lucas et alimentaient ainsi une distillerie de rhum.

En 1848, l’abolition de l’esclavage n’avait pas été prévue par les colons, tout du moins pas si rapidement. Aussi, afin de sauver la dernière récolte, le planteur de la Montagne Lucas proposa à ses esclaves de leur donner les parcelles où ils avaient déjà le pouvoir de faire fructifier des abattis personnels. Beaucoup acceptèrent et se fixèrent sur ces abattis qui devinrent de fait le berceau de ce qui devait devenir le village de Ouanary.

Par la suite, dans la seconde moitié du XIXème siècle, l’habitation fut vendue en deux lots dont l’un s’étendait sur 36 km le long de la rive gauche de la rivière Ouanary. Puis de multiples, complexes et incertaines ventes et reventes se succédèrent jusqu’à l’appropriation contemporaine de la quasi totalité de la commune par l’Etat.

 

Ce que vous en pensez

  1. REPOS-PRONZOLA Ursula

    Vraiment très intéressant, merci pour ce reportage ainsi que les photos

  2. Super reportage, ça donne vraiment envie d’aller y faire un tour.

  3. Reportage très intéressant sur un lieux peu visité.

    Cela donne envie d’y aller.

    Merci pour ces infos.

    Jacques

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